L'eau

Pendant des décennies, l’homme à cru tout d’abord naïvement puis par opportunisme que nos rivières, nos fleuves, nos mers et nos océans pourraient de façon indéfinie absorber, digérer et assimiler la progression exponentielle de nos rejets et de nos déchets. Nous savons aujourd’hui que la limite est atteinte et que nous sommes désormais au seuil de l’irréversible.

"L’eau est essentielle à la vie sur terre. Pour que les populations humaines et les écosystèmes puissent se développer, l’eau doit être propre, rester propre et elle doit être accessible à tous "

Irina BOKOVA, directrice générale de l’UNESCO

L’eau est un composant essentiel du vivant et de notre environnement. Le corps humain est composé à 70% d’eau, les mers et océans recouvrent plus de 75% de la surface de notre planète et plus de 95% de l’eau présente sur terre est impropre en son état naturel à la consommation humaine. Ce dernier chiffre porte à lui seul tous les enjeux sociaux et économiques liés à l’eau. Ainsi selon l’OMS ( Oraganisation mondiale de la santé ), plus d’un milliard d’êtres humains disposeraient de moins de 20 litres d’eau par jour ( 700 litres pour un nord américain ) et l’absence d’eau potable provoquerait la mort de plus de 6 millions de personnes.

A. Bilan hydrique

Selon les dernières études réalisées, les réserves d’eau consommable suivent une courbe négative. Depuis 2010, le bilan hydrique est alarmant et ce quelque soient les pays, industrialisés ou en voie de développement. En effet, à la problématique initiale de surexploitation non raisonnée de nos réserves est venue se juxtaposer une problématique plus complexe liée à une dégradation qualitative de ces dernières, par le biais de pollutions multi factorielles. Rejets industriels, traitements phytosanitaires, rejets domestiques liés à la surconsommation ou à la croissance démographique, élevage intensif.
En France, plus de 25% des rivières sont classées comme étant de mauvaise qualité sanitaire et on dénombre plus de 10000 substances chimiques présentent dans les eaux européennes, dont certaines non identifiées. Le manque actuel d’informations et de transparence sur les produits chimiques utilisés au sein de nos industries, ajouté à là dissémination sauvage de ces substances dans l’environnement va dans les vingt prochaines années constituer un défi sanitaire majeur.

B. Bilan démographique

Avec quatre naissances par seconde, on compte près de 244000 habitants de plus chaque jour sur notre planète. A cela s’ajoute une espérance de vie moyenne en constante augmentation pour se situer actuellement à 64,3 ans. La consommation en eau suit de fait une courbe exponentielle irréversible.
Nous étions 1,76 milliards d’êtres humains en 1900, nous étions 7,34 milliards en 2015 ( source ONU ) nous serons certainement 9 milliards en 2050. Cette progression pèse lourdement sur nos réserves d’eau actuelles, avec des besoins en consommation qui vont tendre progressivement à s’homogénéiser et donc à considérablement augmenter. Les pays émergents ( Chine, Inde ) avec l’avènement de classes moyennes chiffrées en centaines de millions d’individus qui aspirent légitimement au confort moderne et à l’accessibilité aux biens de consommation et aux ressources sont entrain de concurrencer les pays occidentaux.

C. Eau à usage domestique et eau virtuelle

L’évaluation du besoin en eau propre aux sociétés humaines doit prendre en compte la distinction entre les eaux dites domestiques et les eaux dites virtuelles. Le quantitatif d’eau virtuelle étant nettement supérieur à celui des eaux dites domestiques.
A la différence de l’eau domestique physiquement et donc directement quantifiable par chaque utilisateur, l’eau virtuelle ( ou induite ) est cachée dans le processus économique de production et évolue proportionnellement aux besoins de nos sociétés de consommation. Il s’agit notamment de l’eau indispensable aux différentes phases du processus de production des biens industriels et agricoles. Lorsqu’un pays produit, importe et consomme, chaque acteur importe ou consomme virtuellement de l’eau.
Ainsi au niveau mondial, le transfert d’eau virtuelle par le biais du commerce des seules denrées alimentaires, représenterait annuellement approximativement 385 milliards de m3.

Quelques repaires chiffrés liés à l’eau virtuelle :

– 16000 litres d’eau pour produire 1 kg de bœuf
– 11000 litres pour fabriquer un jean
– 4000 litres pour produire 1kg de riz
– 10000 litres pour jouer une partie de golf en Floride
– 200 litres pour obtenir 1 litre de lait
– 34 litres pour servir une tasse de thé

D. Géopolitique hydrique

Selon d’imminents spécialistes en géopolitique, nombre de conflits armés sont en cours ou vont se déclencher dans un avenir proche, pour la prise de contrôle de ressources énergétiques comme le pétrole et le gaz et de ressources vitales que sont la terre cultivable et l’eau consommable. Les ressources en eaux sont depuis plusieurs années et souvent dans la plus grande discrétion au centre de tensions nationales et transnationales.
Que nous parlions des pays industrialisés, émergents ou en voie de développement, l’eau est devenue un enjeu stratégique. On peut constater que dans de nombreux pays le litre d’eau peut dépasser celui du litre d’essence. A ce jeu, l’eau suscite donc de plus en plus de convoitises et de tentatives de prise de contrôle par de puissants intérêts privés ou étatiques.
Ainsi de grands groupes agro-alimentaires dont Nestlé ou Danone rachètent de multiples sources d’eau douce dans le monde, en Afrique, en Chine, au Brésil, au Pakistan. En dehors de tout cadre législatif, ces prises de contrôle économiques de ressources économiques vitales se font au profit de multinationales trop souvent peu soucieuses de la notion d’intérêt général.
Certains états, en fonction de leur puissance économique et militaire anticipent également une prise de contrôle d’importantes réserves d’eau. Ainsi certains observateurs dénoncent la planification, sous couvert la lutte anti terroriste, d’une prise de contrôle militaire par les États Unis, de l’une des plus grande réserve d’eau douce de notre planète, l’AQUIFERE GUARANI.

"Après le pétrole, les États Unis préparent la bataille de l’eau"

Adolfo Pérez ESQUIVEL, prix Nobel de la paix Argentin

E. Enjeu humanitaire

La dégradation de la qualité de l’eau à des répercutions directe et indirecte sur la santé humaine.
Cette réalité d’origine multi factorielle représente une obstacle majeur au développement.
L’eau en tant que vecteur de maladies mortelles ou handicapantes accentue les difficultés financières pesant sur des populations déjà pauvres, en faisant disparaître ou en immobilisant les forces actives, indispensables au soutient financier des cellules familiales locales. De ce fait les chances pour ces familles de pouvoir donner une éducation à leurs enfants disparaissent, ce qui conforte le cycle de la pauvreté.
Une eau propres et des installations sanitaires modernes sont donc déterminantes pour le développement de nombreux pays et notamment pour une grande partie du continent africain.
En effet, de nombreuses maladies proviennent directement de la consommation ou tout simplement de l’usage d’une eau insalubre ayant servi à boire ou à nettoyer des aliments. Le choléra, la typhoïde et la diarrhée étant les plus répandues. A cela s’ajoute la propagation de maladies indirectes comme le paludisme ou la fièvre jaune véhiculées par les insectes colonisant et se reproduisant dans cette eau non traitée.

Outre la nécessité d’agir sur la maîtrise de nos rejets polluants qui accélèrent artificiellement la raréfaction de l’eau consommable, il est urgent parallèlement, de trouver de nouvelles solutions simples et pérennes permettant de pallier aux déficiences des sources d’approvisionnement actuelles. Aujourd’hui ce sont près de 900 millions d’humains qui n’ont pas accès à une eau dite salubre et près de 50% des africains parcourent chaque jour plus de 10 km pour s’approvisionner en eau potable.