Méduses

A. Observations

Le professeur Stefanao Piraino de l’université de Salento ( département des sciences biologiques ) dans le sud de l’Italie, est un spécialiste de la Méditerranée. Il est responsable d’un projet scientifique visant à recenser les méduses et à évaluer l’ampleur de leur prolifération dans le contexte du réchauffement climatique. Il s’agit de recouvrir un ensemble d’informations fondamentales, à la fois pour les baigneurs, les scientifiques, les industriels et les collectivités locales. Ce dernier confirme les analyses et observations convergentes sur la prolifération des méduses déjà avancées par nombre de ses confrères à l’échelle internationale.

A titre d’exemple, Stefanao Piraino explique que sur la petite île italienne de Lampedusa, qui accueille chaque année plus de 300000 touristes, certaines plages demeurent inaccessibles une grande partie de l’été, avec toutes les conséquences financières que cela peut impliquer sur une économie saisonnière entièrement dévouée au tourisme.
De la même façon, ce phénomène alarmant se constate en Espagne, en Tunisie, au Maroc, en France, en Israel , aux émirats arabes unis, en Thaïlande et dans bien d’autres pays.

Les travaux du professeur Piraino sont complétés par différentes initiatives privés ou publics, qu’il s’agisse de projets plus ou moins ambitieux d’observation, d’analyse ou de recensement.

– La création du » Portail d’observation des méduses en méditerranée » par la société française ACRI-ST ( www.acri-st.fr ) est une action citoyenne collaboratrice mobilisant chacun d’entre nous.

A l’aide de nos observations nous pouvons tous contribuer à l’observation et à l’identification en temps réel des endroits où l’on peut voir des méduses et ce potentiellement tout le long des milliers de kilomètres de côtes de la mer méditerranée. Ces informations seront ensuite collectées sur un site dédié ( meduse.acri.fr ) présentant une carte signalant la présence ou l’absence des méduses à une journée, deux jours et plus.
Actuellement très active sur la région Provence Alpes-côte d’azur il est certain que ce type d’initiative va se généraliser sur l’ensemble du bassin méditerranéen.
Il en ressort que la population de méduses n’a cessé de grandir depuis 4 ans et que cela s’inscrit dans un phénomène plus large sur le plan mondial .

Par association, le projet multidisciplinaire dénommé Jellywatch porté par l’Observatoire océanologique de Villefranche sur mer ( www.obs-vlfr.fr ) vise à comprendre et notamment prévoir au travers d’outils satellitaires, météorologiques, hydrodynamiques et biologiques, les apparitions massives et invasives de la méduse Pelagia noctiluca sur les côtes de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur.
La stratégie du projet Jellywatch consiste à rassembler des chercheurs issus de différents organismes de recherche (LOV, MIO-Toulon et MIO-Marseille) et de sociétés privées (ACRI-ST et DYNASUB ) alliant différentes expertises.

Trois approches complémentaires sont en synergie :

– l’observation des abondances actuelles et passées, au large et sur la côte. Le site http://meduse.acri.fr permet à chacun de participer au suivi de la présence de la Pelagia noctiluca.
– l’expérimentation pour comprendre la nutrition et le développement de l’organisme,
– la modélisation pour simuler leur transport par les courants océaniques et prévoir leur échouage sur les côtes.

Ce projet financé par la région PACA et le Programme FEDER à été labellisé par le pôle mer PACA ( www.polemermediterranee.com ).

– Israël met en place une « alerte méduse » ( 2012 )

Alors que comme chaque année des milliers de méduses se rapprochent des côtés israéliennes, les autorités ont opté pour la mise en place d’un nouveau système de prévention et d’alerte coopératif. Celui ci doit permettre de limiter le préjudice de centaines de piqures infligées aux baigneurs tout au long de la saison estivale.
La première plage pilote à bénéficier de ce système d’alerte est celle de Beit Yanaï située à quelques kilomètres de la ville de Netanya.
Implanté sur la plage, un panneau électronique informe en temps réel les baigneurs sur la présence de méduses dans l’eau.

Ce panneau se divise en trois catégories d’alerte de danger :

– Niveau 1 : aucun danger
– Niveau 2 : quelques méduses, prudence
– Niveau 3 : beaucoup de méduses : évitez la baignade.

Tous les étés, pendant plusieurs semaines, les méduses envahissent les eaux du littoral israélien, devenant ainsi le fléau de nombreux baigneurs et secouristes. Il est également important de noter que même les estivants restés sur la plage peuvent êtres affectés par ces envahisseurs pélagiques. En effet les méduses échouées sur le sable continuent à poser pendant quelques heures un réel danger irritant pour tous les marcheurs et les enfants restés sans surveillance.

Le système d’alerte Israélien est mis en place en temps réel, en fonction des informations transmises par les sauveteurs-nageurs et les baigneurs. Il s’agit là d’un projet pilote qui pourrait prendre de l’ampleur et être généralisé à toutes les plages du pays.

Point fort de ce système :

A terme les baigneurs souhaitant planifier la visite d’une plage pourront vérifier via un site internet dédié et ce à l’avance, l’état de la menace des méduses.

– Le projet ECOJEL initié par l’Irlande et le Pays de Galles ( RU ) visant à estimer l’augmentation du nombre de méduses en mer d’Irlande ( 2007 )

Le projet ECOJEL ( www.jellyfisch.ie ) vise à identifier, quantifier et gérer les menaces et les opportunités susceptibles d’accompagner l’augmentation prévisible du nombre d’éclosions de méduses en mer d’Irlande et ce en conséquence du changement climatique.
Fruit d’une collaboration entre l’université de Swansea et le University College Cork, ce projet examinera l’impact potentiellement positif et négatif de l’accroissement du nombre des méduses sur l’écosystème, ainsi que celui de leurs incidences socio-économiques sur les secteurs du tourisme, de l’aquaculture et celui des pêcheries.

Travaux sur cinq axes :

– campagne d’action et de sensibilisation du public
– détermination des mouvements et de l’origine des méduses nuisibles par le biais du développement de technologies de suivi innovantes
– travaux visant à l’identification de l’impact des méduses sur les pêcheries et l’aquaculture
– une analyse du potentiel économique d’un élevage durable de méduses sur le secteur de l’écotourisme
– création d’un «centre d’excellence» pour la recherche sur les méduses entre le University College Cork et l’université de Swansea.

EcoJel est un excellent exemple de projet créant des liens transfrontaliers, sensibilisant les populations aux enjeux climatiques et adoptant des mesures en vue de réagir au défi du changement climatique.

B. Problématiques et incidences.

De la même façon, Josep María Gili, un chercheur spécialiste des méduses à l’Institut des sciences de la mer de Barcelone, pense que les méduses représentent » un problème de plus en plus grave pour la Méditerranée, comme pour les océans du reste du monde « .

La prolifération des méduses toxiques en méditerranée :

Les espèces qui se multiplient dans les mers du globe sont très différentes et représentent toutes des problématiques spécifiques.
En Méditerranée il s’agit de l’une des espèces les plus urticante. La méduse Pelagia noctiluca. Observée en de très fortes concentrations près des côtes avec des essaims pouvant atteindre plusieurs kilomètres de long, plusieurs mètres de profondeur et ayant une densité de plus de 30 à 40 méduses par m2, leur fréquence d’apparition est désormais devenue annuelle. Les analyses existantes qui jusqu’au début des année 2000 se fondaient sur des cycles complexes, sont de fait actuellement remises en question. Même si selon les observateurs les zones géographiques les plus touchées sont la Sicile, la Sardaigne, Malte, le Liban et Israël, en fait ce phénomène n’épargne aucune zone maritime. A tel point que chaque été ce sujet devient de plus en plus préoccupant et nécessite des mesures de plus en plus radicales de la part des élus locaux et de certains acteurs privés ( hôtels ) voulant préserver un tourisme déjà fragilisé par un contexte économique difficile.

Pelagia noctiluca :

La méduse Pelagia noctiluca, aussi connue sous le nom de méduse pélagique ou piqueur-mauve, est un cnidaire de la famille des Pelagidae.
En grec, Pelagia signifie « de la mer « , nocti veut dire » nuit » et luca » lumière ». Pelagia noctiluca pouvant être alors interprété comme un organisme marin ayant la faculté de briller dans le noir. Ceci est possible grâce à un mucus lumineux produit par l’enveloppe de l’animal lorsque celui-ci est dérangé par les vagues.
Cette espèce de méduse pélagique est largement présente dans toutes les eaux chaudes et tempérées, comme la mer Méditerranée, la mer Rouge, ou l’océan Atlantique. Cependant certains observateurs mettent en évidence un processus de colonisation vers les mers du nord, pouvant s’expliquer au travers des incidences du réchauffement climatique. Phénomène déjà observé depuis quelques décennies pour diverses espèces de poissons, mais aussi de plancton.
Ce cnidaire dispose de huit tentacules, dont des nématocystes urticants pouvant provoquer de vives douleurs en cas de contact avec la peau. Elle est couverte de minuscules points rouges, qui sont en fait des faisceaux de cellules urticantes. Elle possède une coloration rougeâtre, allant de l’orange au violet en passant par le rose. Son ectoderme (chapeau) est transparent et non urticant et laisse entrevoir sa mésoglée, son endoderme et ses gonades. Elle possède aussi, en bas de l’ombrelle, quatre lobes buccaux dentelés, de couleur rosâtre, urticants et couverts d’un mucus gluant, qui capturent et paralysent les proies (petits animaux faisant partie du zooplancton et qui seront amenés vers la bouche. Sa reproduction diffère de la plupart des autres méduses, puisqu’elle répand des ovules et du sperme qui, après s’être fécondés, deviendront de petites larves qui passeront directement au stade de méduse pour devenir peu à peu des adultes.

C. Les principales causes de la prolifération des méduses :

– Le réchauffement climatique.

La température de l’eau tend à jouer un rôle direct dans les pullulations de méduses en favorisant leur développement.
Ainsi, il est évident de constater que dans les eaux tropicales, les pullulations de méduses ont lieu toute l’année et ne sont régulées que par la prédation d’espèces mangeuses de méduses, comme les dauphins et les orques.
Au même titre, en milieu portuaire et au pied des rejets d’eaux chaudes des centrales nucléaires, des espèces comme Aurelia aurita bourgeonnent toute l’année.
La mer Baltique n’échappe pas à cette évolution. Les circuits de refroidissement des nombreuses centrales nucléaires présentes sur son littoral, rejettent en permanence des millions de litres d’ eau à une température constante voisine des 16 degrés. Ces conditions artificielles, en venant compenser les basses températures qui caractérisaient auparavant la période hivernale en mer baltique ont fini par voie de conséquence par dérégler les cycles de reproduction des méduses. Ces dernières en se reproduisant constamment ont fini par prendre le contrôle de cette mer, avec un impact directe sur les stocks de poissons. Les méduses ont dévoré les œufs et les larves de harengs et en quelques années la mer Baltique à perdu la quasi totalité de sa population de poissons. Les méduses y sont désormais durablement installées. On a là un bon exemple de l’effet d’un réchauffement climatique traduisant bien le disfonctionnement engendré par une hausse des températures.
La mer Méditerranée n’échappe pas non plus à ce phénomène.
Jusque dans les années 1990, la présence de la Pelagia noctiluca avait une périodicité de douze années, liée à des printemps précoces, chauds et secs. Depuis quelques années ce rythme est significativement perturbé. Le réchauffement climatique en entraînant une augmentation de la température de cette mer fermée pourrait comme sur la Baltique marquer une présence permanente de Pelagia sur nos côtes. Cette évolution serait une catastrophe pour l’ensemble des économies touristiques concernées.

– Disparition des prédateurs naturels

De nombreux animaux marins, comme les tortues, les thons et les donites, en disparaissant, favorisent directement les pullulations de méduses. Selon les spécialistes, les thons et notamment les thons rouges actuellement victimes du processus mondial de surexploitation des ressources naturelles, seraient de part leur disparition l’une des causes directes de la pullulations des méduses. La disparition des tortues marines, grandes consommatrices de méduses, en serait également une des causes principales.
Fort de ce constat les scientifiques et biologistes tentent en Espagne de réintroduire les tortues marines. Il s’agit au travers d’une action écologique de contrôler la présence de la Pelagia noctiluca. Une réponse tardive fondée sur une ambition à long terme qui semble déjà distancée par l’ampleur d’un phénomène de pullulation exponentiel.

– Disparition des poissons en conséquence de la surpêche

La niche écologique laissée vide suite aux excès de la surpêche des poissons pélagiques est occupée par les méduses, ces dernières se nourrissant en effet de la même nourriture ( plancton ) et occupant le même milieu ( pleine eau ).
Une nouvelle étude de l’IRD faite en partenariat avec la Namibie ( publication / bulletin of marine science ) confirme que les mers préservées du phénomène de la surpêche à l’inverse de la mer du Japon et de la mer méditerranée, sont de façon significative, nettement moins exposée à la pullulation des méduses.
Si le réchauffement climatique persiste dans les années à venir, il est probablement inéluctable que les populations de méduses augmenteront considérablement dans toutes les mers et les océans du monde en condamnent des poissons de plus en plus menacés par par la surexploitation et par voie de conséquence concurrencés par ces dernières.

– Rejets polluants d’origine anthropique

Les rejets d’œstradiol dans l’océan seraient l’une des causes indirectes de la prolifération des méduses. Les rejets dans l’océan d’hormones contenues dans les médicaments pour le traitement de la ménopause et les pilules contraceptives entraineraient des mutations chez les poissons. Ces hormones très puissantes et leur molécules non filtrées par des stations d’épuration inadaptées influenceraient le développement sexuel des poissons en les rendant par modification hormonale, femelle. La raréfaction des mâles empêcherait ainsi de plus en plus la reproduction de ces poissons au profit de la prolifération de méduses qui de par leur capacité de bourgeonnement et d’asexualité seraient naturellement protégées contre les effets de ces hormones.

D. Principales conséquences :

Les conséquences de ces pullulations sont multiples et le plus souvent néfastes pour l’homme et l’environnement. En dehors de leur impact sur la pêche, la pisciculture et les industries côtières, les méduses représentent une menace directe pour les économies littorales développées et organisées sur le tourisme balnéaire.
Ainsi des espèces urticantes de cnidaires, comme la Pelagia noctiluca présentes tout autour du bassin méditerranéen, sont de véritables menaces pour les baigneurs.
En réponse à cette présence indésirable, les municipalités concernées sont forcées de prendre des mesures plus ou moins appréciées et tolérées par les vacanciers, telles que la fermeture des plages, la capture des méduses en masse ou l’installation de filets anti méduses.

Quelques chiffres :

En terme de santé publique, les piqures et envenimations provoquées par ces visiteurs aquatiques indésirables entrainent des lésions plus ou moins sévères et peuvent parfois nécessiter des hospitalisations.

– 150000 piqures par an sont enregistrées en moyenne dans les stations touristiques en Méditerranée.
– A Valence en Espagne au cours de la période estivale de 2009, plus de 11000 touristes ont été piqués sur seulement 100 km de côtes avec un coût évalué à près de 2,4 millions d’euros.
– En 2007 les autorités espagnoles ont recensé sur l’ensemble de leurs côtes plus de 70000 piqures de méduses.
– En Italie chaque soin réalisé dans les hôpitaux suite à une brûlure de méduses coute en moyenne 220 euros.
– Les pompiers français ont signalé 5000 interventions sur piqûres de méduses en 2011 pour les seules Alpes-Maritimes.
– L’accès aux plages de Boucan Canot et des Roches Noires à été strictement interdit le mercredi 5 juin 2013. La mairie de Saint-Paul a pris cette décision après que les maîtres nageurs sauveteurs aient observé une importante présence de méduses dans les eaux de ces plages.
– 7795 piqûres de méduses recensées sur les plages des Alpes Maritimes au cours de la saison estivale 2014.
– Plus de 100 piqûres de méduses au cours de la journée du 20 juillet 2015 sur la seule plage de La Salis, commune d’Antibes dans les Alpes Maritimes.

E. Solutions

Si nombre de chercheurs et de scientifiques sont aujourd’hui totalement impliqués, pour comprendre et analyser l’origine de la prolifération des méduses dans les mers et les océans du monde et tenter d’identifier un ensemble de solutions, il est totalement improbable que des réponses efficaces, pour peu qu’elles puissent être trouvées, ne soient réellement envisagées avant plusieurs décennies. Face à ce constat objectif et afin de pouvoir proposer des solutions adaptées, efficaces et immédiates aux décideurs locaux et aux professionnels du tourisme devant prévenir la survenance de ces situations invasives, nos ingénieurs, en étroite collaboration avec d’anciens scaphandriers professionnels de la Comex, conceptualisent et développent depuis 2009, des barrages flottants anti méduses à hautes performances.
Ces barrages flottants déclinés en différentes variantes de flottaison, ont été spécifiquement adaptés pour la protection des zones de baignade.
En permanente évolution, ils bénéficient des connaissances et des avancées techniques acquises par notre société dans les domaines du confinement aquatique et subaquatique et dans celui de l’expérience opérationnelle.
Stabilité d’ensemble exceptionnelle, ligne de flottaison continue et résistance optimisée à la houle font de nos barrages, des équipements aquatiques d’excellence.

Au même titre que les barrages flottants de confinement, sont le premier rempart permettant de contrôler la survenance et la propagation des pollutions marines, il est désormais admis que nos barrages adaptés de type BSM ou BAM14 constituent à ce jour, le seul moyen fiable et efficace de préserver des zones de baignades totalement sécurisées.